La CTA, Centrale des travailleurs d’Argentine


« Nous sommes en lutte pour être reconnues comme « travailleuses sexuelles » et pour que soient respectés nos droits, bafoués en permanence. Pour être reconnues comme des personnes et pour qu’on cesse de nous appeler prostituées, putes, filles de rue, parce que nous sommes convaincues que les manières de se prostituer sont multiples. Nous luttons pour ne pas être traitées de manière différente, parce que nous ne sommes pas différentes. La police et une grande partie de la société veulent combattre la prostitution. Mais ce n’est pas en nous privant de nos droits qu’ils pourront y arriver. A ceux qui ne comprennent pas pourquoi nous exerçons ce métier, nous répondons qu’il y a tant de choses qui ne sont pas claires même pour nous… C’est pourquoi, au lieu de juger et critiquer, nous n’essayons pas de comprendre. Nous ne sommes pas étranges, nous sommes égales à n’importe quelle autre personne, avec des angoisses, des joies, des rêves et — par dessus tout — nous sommes mères. »


http://www.cta.org.ar

Voir le pilotehttp://www.dailymotion.com/video/x76bx9_camarades-prostituees-pilote_newshttp://www.dailymotion.com/video/x76bx9_camarades-prostituees-pilote_newsshapeimage_9_link_0

Un projet de Myriam Guillemaud-Silenko et Valérie Mitteaux

ECLAIRAGES

Nous vous proposons sur cette page

une série de témoignages et de précisions pour mieux comprendre ce projet de film.

«Pourquoi nous luttons ?»


Le projet d’Ammar se base sur l’auto-organisation de femmes qui sommes exclues, discriminées et marginalisées, soumises jour après jour et historiquement à tout type de mauvais traitements.

Nous cherchons à nous renforcer par la défense de la liberté laborieuse, à travers la connaissance et l’exercice de nos droits humains et en mettant en place des stratégies pour prendre soin de notre santé.

Nous, les travailleuses d’Ammar, sommes des femmes, adultes, qui exerçons notre travail de notre propre gré et de manière autonome.


En tant que travailleuses sexuelles, nous sommes triplement marginalisées : parce que nous sommes femmes, parce que nous sommes pauvres, parce que nous sommes travailleuses sexuelles.


Nous parlons de « travail sexuel » et non de « prostitution » comme résultat d’une grande














bataille idéologique et politique concernant les droits humains et le respect de la libre détermination des femmes. Et nous croyons qu’il est nécessaire d’obtenir des conditions dignes pour réaliser notre travail et ainsi nous sortir de la clandestinité à laquelle nous sommes constamment exposées. C’est pour ces raisons que nous nous organisons en syndicat.


Lien http://www.ammar.org.ar/porqueluchamos.htm

La nécessité de la syndicalisation


« Un grand sujet de discussion interne à l’organisation a porté sur la nécessité de la syndicalisation. En étudiant cette idée, nous avons pris conscience de l’importance de donner la priorité à notre condition de femmes exclues socialement, plutôt qu’à la consolidation du statut de travailleuses sexuelles. Nous ne renions pas l’importance qu’a eue pour nous, en tant qu’organisation de femmes en lutte, cette revendication dans notre développement, pour nous rendre visibles et agir pour nos droits. Cependant, nous sentions qu’en la conservant, nous maintenions en place un stigmate social qui nous enferme dans un rôle d’objet usuel et non dans celui de sujettes du droit. »


Jorgelina Sosa, AMMAR-Capital

La prostitution en Argentine


L’Argentine est un pays au peuplement récent. Sa population est passée de 1,8 million d’habitants en 1870 à plus de 20 millions en 1950, ceci grâce à une forte immigration venue d’Europe, d’abord d’Italie et d’Espagne, ensuite de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne…

Comme toutes les populations immigrées, celle d’Argentine était majoritairement masculine. Alors que les gouvernants argentins faisaient venir des hommes, les mafias locales se sont occupées de leur trouver des femmes, développant de vastes trafics de traites des blanches à travers tous les pays d’Europe, de l’Angleterre, la France ou l’Espagne à la Russie, en passant par l’Autriche, la Pologne ou encore la Hongrie, ceci afin d’approvisionner en Blanches les bordels de tout le pays.

La prostitution fait partie intégrante de l’histoire récente de l’Argentine. Elle est considérée par sa population comme un mal à la fois nécessaire et inévitable.


http://es.wikipedia.org/wiki/Censo_Nacional_de_Poblaci%C3%B3n,_Hogares_y_Viviendas_en_la_Argentina#Evoluci.C3.B3n_hist.C3.B3rica_de_la_poblaci.C3.B3n_total

Les liens :


CTA http://www.cta.org.ar

Ammar http://www.ammar.org.ar/


Sur la discrimination et les abus de la police http://www.ammar.org.ar/noticias/cordoba/discriminacio_abuso.htm



Et aussi, sur l’histoire de la prostitution en Argentine

Histoire sociale de l’Argentine / La prostitution en Argentine de 1870 à 1940 (en espagnol) http://es.scribd.com/doc/38952178/Historia-de-La-Prostitucion-en-Argentina-1870-a-1940


Lire (ou relire) « Le chemin de Buenos Aires », d’Albert Londres, aux éditions Arléa

Le contexte argentin


L’Argentine est un pays où le syndicalisme s’est développé au début du XXe siècle sous l’impulsion des anarchistes qui fuyaient l’Europe et les persécutions dont ils étaient l’objet. Il a connu un nouvel élan sous la dictature du populiste Juan Perón, lui-même fermement encouragé et soutenu en ce sens par sa femme, Eva Perón. Selon la loi qu’il promulgue dans les années 50, une décennie faste pour l’Argentine qui est alors le 7e pays le plus riche au monde, plus riche même que la France de l’époque, tout travailleur argentin a l’obligation d’être syndiqué. Cela est toujours vrai aujourd’hui.


Les lois de Perón accordent aux syndicats un énorme pouvoir, comme un contre-pouvoir institutionnalisé qui peut s’opposer au pouvoir de l’oligarchie, des grands patrons de l’industrie et des grands propriétaires terriens envers lesquels Perón nourrit, à juste titre, une certaine défiance. Ces lois vont aussi amener les syndicats à gérer de considérables budgets d’œuvres sociales, notamment des systèmes de sécurité sociale et des caisses de retraite, mais aussi des résidences de vacances pour les salariés, des systèmes de prêts pour l’acquisition de logements collectifs-coopératifs, etc. L’importance des sommes à gérer va entraîner la corruption de la CGT, l’unique centrale syndicale du pays jusqu’à la création de la CTA, dans un pays déjà lui-même profondément corrompu. Puis la puissance des syndicats qui forment la CGT et leur corruption va les amener à des alliances avec le patronat.


La CTA, Centrale des travailleurs argentins, à laquelle est rattachée AMMAR, naît en 1991 et se présente comme une nouvelle centrale refusant la corruption et la trahison dont s’est rendue coupable la CGT.


Depuis toujours, l’économie de l’Argentine vit selon des cycles courts, d’une à deux décennies, qui la hissent vers des sommets de prospérité pour la voir ensuite sombrer dans des crises abyssales. L’extrême richesse d’une minorité est bâtie sur l’extrême pauvreté d’une majorité. Pour les femmes de cette majorité pauvre, miséreuse, le seul salut se trouve souvent dans le travail sexuel. La prostitution est intrinsèquement liée à l’organisation sociale et économique de l’Argentine.












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