CARAVANE 55 - DOSSIER DE PRESSE

Caravane 55 a reçu le Prix Spécial du Festival du Film des Droits de l’Homme de Paris, en mars 2004 et le Prix du public au Festival Ecrans du Réel du Mans, en novembre 2004.

Caravane 55 : le résumé


Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.



Caravane 55 : l’histoire.


Achères, Yvelines, France. Février 2003.


Sur une lande de terre coincée entre un chantier de travaux publics et la forêt domaniale de Saint-Germain-en-Laye, un couloir de caravanes rapiécées, un unique point d’eau et un vieux générateur pétaradant qui fournit, chaque soir, deux à trois heures d’une électricité hésitante.


Sur ce “camp”, comme l’appellent les Rroms, les réalisatrices rencontrent, début 2003, Salcuta Filan, une jeune veuve de 29 ans et ses deux enfants, Gabi, 12 ans et Denisa, 10 ans.


Parmi la trentaine de familles qui constitue alors cette communauté, certains Rroms n’ont aucune autorisation de séjourner sur le territoire. D’autres justifient leur présence par la maladie et la nécessité d’accéder à des soins qui leur sont refusés en Roumanie. D’autres encore sont provisoirement en règle ou en attente de réponse à leur demande de droit d’asile. Mais quel que soit le motif de l’attente, en l’absence de papiers, travailler leur est interdit.


Certains font la manche, avec ou sans leurs enfants, pour gagner de quoi nourrir la famille.  D’autres ont la force de se mobiliser  pour prouver accéder à une vie normale sur le territoire français. C’est-à-dire une vie où l’on peut se projetter dans le futur, une vie où l’on sait de quoi demain et après-demain seront faits.


C’est le cas de Salcuta Filan. Arrivée en France il y a deux ans, après le décès de son mari, elle élève seule ses enfants. Gabi et Denisa vont quotidiennement à l’école pendant que leur mère se débrouille avec la solidarité locale pour survivre. Très vite, cette femme se révèle être, parmi les habitants du camp, la porte-parole d’une véritable volonté d’intégration.


Pour elle, comme pour la plupart de ses compatriotes, retourner en Roumanie est synonyme de cauchemar. Ségrégations ethnique, sociale et économique sont leur lot quotidien. Avec d’autres Rroms vivant sur le terrain, elle nous raconte comment ce pays, leur pays, qui les traite avec mépris.


On est loin du cliché du Rrom venu grappiller une part de la prospérité occidentale. Vivre ailleurs est, pour eux, une question de survie et de dignité. Qu’il s’agisse de subvenir à leurs besoins dans le pays d’élection ou d’assurer le minimum nécessaire à ceux restés en Roumanie.


Les Rroms, comme d’autres minorités, sont aujourd’hui dans le collimateur d’une Europe qui se demande « comment gérer » ses populations les plus démunies. Brandissant l’argument sécuritaire, la France ferme les yeux sur les conditions de vie misérables des Rroms au sein d’une Roumanie sensée être une démocratie et refuse désormais toute demande d’asile territorial.



Le 6 mars dernier, la préfecture des Yvelines expulse les Rroms d’Achères, mettant un terme à deux années d’efforts de la commune et du Collectif de soutien pour trouver des solutions d’intégration. Raison invoquée : le terrain est considéré comme “insalubre” par le nouveau sous-préfet.


Selon la stricte application de la loi, les habitants sont expulsés, isolés ou entassés dans des foyers, avec le peu qu’ils ont pu sauver et sans promesse de relogement.


Leurs caravanes sont broyées sous leurs yeux.


Salcuta, elle, a préféré fuir le camp la veille de l’expulsion, pour préserver ses enfants du traumatisme et éviter une reconduite express à la frontière.


Le camp réduit à néant, la mairie d’Achères choisit alors de poursuivre sa lutte
en faveur des familles dont les enfants sont scolarisés. Elle met à leur disposition un lopin de terre et trois nouvelles caravanes. Salcuta et ses enfants découvrent avec émerveillement ce logement pourvu d’eau courante… et d’électricité. Malgré ce répit, le problème des papiers reste entier. A tout moment, cette famille peut se trouver contrainte de quitter le territoire français.


Lueur d’espoir. Le 6 juin 2003, le maire a rendez-vous avec le préfet pour tenter
de le convaincre de régulariser ces familles rescapées de l’expulsion. Salcuta veut croire que sa volonté d’intégration saura persuader les autorités de lui permettre de séjourner en France.


Depuis le printemps 2003 et dans toute l’Ile-de-France, le gouvernement français répond “non” aux quelque 1500 Rroms venus demander l’asile et procède à leur expulsion. Contrairement à d’autres populations migrantes, les Rroms insistent. Départs forcés et retours quasi immédiats se succèdent depuis des années, créant ainsi une véritable spirale de l’errance. Leur credo : mieux vaut être misérable en France que vivre dans cette Roumanie qui ne veut pas d’eux.


Les autorités sont-elles prêtes à envisager des traitements au cas par cas ? Peuvent-elles être sensibles à la détermination de Salcuta Filan qui voit dans la France sa seule possibilité de vivre dignement ?